De nombreuses villes se tournent vers les promesses de l’Open data, en libérant les données des services à leur charge. Cette libération permettra ensuite à des start-ups, des hackers, ou de simples citoyens de créer de nouveaux services qui rendent la ville plus transparente, plus accessible et au final plus intelligente.
Ce mouvement lié à la libération de l’accès aux données existantes, est en train d’évoluer. Les citoyens, sont progressivement en train de passer de l’état de simple exploitant à celui de collecteur de leurs propres données.
La collecte citoyenne et participative de données, facilitée par la quantité de capteurs et de systèmes de géolocalisation de nos appareils mobiles, répond à deux situations. Il peut s’agir de données plus ou moins consciemment fournies par l’utilisateur d’un service (type Foursquare, Twitter). Il peut également s’agir d’un acte d’information conscient et citoyen. Cette action étant aujourd’hui la plus présente dans une situation de crise.
L’accident nucléaire de Fukushima. Le projet RDTN.org (pour “radiation”) aujourd’hui renommé Safecast naît peu de temps après l’accident nucléaire de la centrale de Fukushima. Son objectif, développer un réseau de collecte des niveaux de radiations au Japon. Cet effort va se concrétiser autour de différentes actions : l’achat de compteurs Geiger, la formation de volontaires à la collecte de données issues de ces compteurs, la publication de ces données sur le site et sur Pachube dans un format ouvert, ainsi que la fabrication d’un compteur grand public pour l’iPhone, le iGeiger. Des cartes issues de ces collectes sont alors rapidement publiées sur le site et permettent de visualiser avec précision l’étendue des dégâts radioactifs de l’accident.
Ce sentiment de manque d’information, se trouve à l’origine du site Safecast créé par Marcelino Alvarez, habitant sur la cote ouest des États-Unis et soucieux de l’arrivée du nuage radioactif. Il écrit sur son blog :
“News outlets aren’t capable of reporting multiple points of data in a quick and efficient manner. I wanted more than infographics, diagrams, and looped videos of the tsunami. I wanted to know how much radiation was affecting the various parts of Japan”
On se rappelle également que la société exploitant la centrale, TEPCO, aura mis beaucoup de temps avant de fournir ses premiers relevés, et ceux de l’organisation gouvernementale SPEEDI auront été ignorés par le gouvernement lors de l’évacuation.
Les émeutes en Grande Bretagne. Conséquence à nouveau, de l’absence ou du manque d’information concernant les récentes émeutes de Londres, des projets de collectes et de synthèse s’organisent. En utilisant Google Maps, James Cridland va agréger les témoignages de ces émeutes publiées sur les réseaux sociaux en les croisant avec les news des médias traditionnels. Il explique sur son blog le processus de cette agrégation et la difficulté de s’accorder sur la signification d’une “source fiable”. Utilisant la plate-forme Ushahidi, un autre projet, Brixton incident map, se met en place. Son slogan est limpide :
“Because the “real media” isn’t reporting fast enough”
La collecte repose ici également sur la possibilité de reporter via Twitter un incendie, des vitrines brisées, un acte violent ou une intervention de la police mais aussi, spécificité de la plate-forme Ushahidi, par SMS.
Rapidement, The Guardian, média traditionnel reconnu pour son avancée dans le domaine du datajournalisme va mettre en place sa propre cartographie des émeutes. Celle-ci repose sur un travail journalistique de qualité où le Guardian reporte géographiquement les incidents couverts par leur journal, par d’autres médias ainsi que par les rapports de police. Chaque incident est décrit et détaillé avec précision, indiquant la date, l’heure et la source vérifiée.
Le travail de collecte de données ne s’est pas arrêté cependant à la simple cartographie des émeutes. Dès les jours suivants, deux initiatives sont nées du besoin d’organiser l’aide bénévole des londoniens. Qu’il s’agisse de UK Riots Cleanup, utilisant de nouveau la plate-forme Ushahidi, ou DeLoot London sur Google Maps, on y trouve toutes les informations nécessaires à la relance de l’économie des magasins endommagés ou aux opérations de nettoyage. Ces initiatives étant principalement liées à l’agrégation des actions annoncés sur twitter avec les tags #riotcleanup et #riotwombles.
Un travail d’exploitation, de réflexion
Le libre téléchargement des données du Gardian va permettre à Nick Evershed de réaliser une animation visualisant le développement des émeutes. Un premier travail d’exploitation donc, qui améliore et complète déjà la lecture de la carte originale.
Au sein du Guardian, la carte originale est reprise et combinée à celle sur la “Deprivation” (pauvreté) également réalisée par le journal. Ce premier travail de mashup vise à proposer une première réflexion, visuelle, sur l’origine de ces émeutes.
Dans la même lignée la carte réalisée par James Critland est réutilisée dans un travail similaire, utilisant cette-fois ci les données de l’index de “Multiple Deprivation” disponible au téléchargement sur la plate-forme data.gov.uk. Encore une fois, cette réflexion visuelle propose déjà d’intéressantes corrélations, seulement quelques jours après les événements.
De son coté, le projet Safecast a depuis étendu son champ d’investigation puisque les fondateurs souhaitent désormais collecter des données liées au climat, aux vents, aux précipitations. Au Japon comme ailleurs. Il est bien évident que leurs données fournies sous licence “domaine public” de Creatives Commons seront bientôt ou sont déjà exploitées, combinées et complétées dans d’autres travaux.
Google Maps, Ushahidi : des plates-formes de plus en plus accessibles
La grande accessibilité de Google Maps pour la réalisation de cartographies est un des facteurs principaux de l’émergence de la collecte de données en situation de crise. Le service est en effet gratuit, hébergé par Google, simple à mettre à jour et basée sur un service et donc une interface déjà utilisée dans un contexte quotidien.
La plate-forme Ushahidi, pousse encore plus loin la diversité des méthodes de collecte et l’accessibilité de la démarche. La possibilité d’ajouter automatique des données par SMS, email, tag twitter et formulaire web, augmente le nombres de collecteurs potentiels, chaque utilisateur pouvant utiliser son outil favori pour participer à l’effort collectif.
“The Ushahidi engine is there for “everyday” people to let the world know what is happening in their area during a crisis, emergency or other situation. Bringing awareness, linking those in need to those who can assist,and providing the framework for better visualization of information graphically.”
Même si la carte reste une des visualisations les plus évidentes, la plate-forme Ushahidi propose également une visualisation dans le temps proche du travail de Nick Evershed sur les émeutes de Londres.
Enfin Ushahidi peut-être utilisée directement via la version hébergée par l’organisation et nommée Crowdmap, ou installée sur les propres serveurs des initiateurs d’une collecte de données.
Ushahidi qui signifie “témoin” ou “témoignage” en Swahili, compte déjà de nombreuses initiatives historiques : la cartographie des violences liées aux élections au Kenya en 2008, le tremblement de terre à Haïti en 2010, les “Révolutions Arabes” de 2011 en Égypte, Tunisie et Libye, ainsi que le Printemps Syrien ou encore le processus d’aide humanitaire au Japon après le tsunami.
Cette plate-forme dont l’équipe comprend des volontaires issus des champ des Droits de l’Homme ou du développement informatique est principalement située en Afrique, origine de a création. Présenté à TED par Erik Hersman et à Lift France 2011 par Juliana Rotich (@afromusing) l’organisation travaille aujourd’hui sur SwiftRiver, une initiative visant à créer un système open-source de filtration des données, d’algorithmes de vérification de ces même données et enfin d’analyse sémantique. Le tout, toujours destiné au plus grand public.
On notera sur la carte officielle d’Ushahidi, qu’aucune initiative ne semble encore avoir utilisée la plate-forme en France…

