Aujourd’hui le web est devenu pour de nombreuses marques un nouveau territoire, avec ses propres codes et surtout des internautes à conquérir. D’une boutique d’achat en ligne à une campagne de communication dite « virale » sur Facebook, l’éventail des stratégies web est immense. Il évolue d’ailleurs en permanence au gré des nouveaux comportements des internautes où de l’apparition de nouveaux acteurs numériques comme les blogueurs. GAP et UNIQLO, deux marques de prêt à porter au public similaire, essayent de séduire le consommateur avec des armes différentes. Pourquoi l’identité d’UNIQLO s’affiche sur de nombreux espaces personnels pendant que la dernière pub enfants de GAP est parodiée sur YouTube ?

UNIQLO joue la carte de l’identité graphique forte et du minimalisme
UNIQLO vient d’implanter son flag-ship en France, à Paris Opéra), il y a quelque mois à peine. Pourtant avant l’arrivée de son magasin-amiral sa réputation tournait moins autour de ses vêtements que de son identité particulièrement travaillée.
Des clips de présentation de leur différentes gammes en passant par leur site web, sa sonorisation, l’ambiance UNIQLO est transcrite de manière homogène sur tous ses supports autour des même caractéristiques que ses vêtements : épurés, colorés, urbains. UNIQLO joue sur l’esthétique de ses gadget communicants comme l’UNIQLO Calendar (ci-dessous), ses écrans de veille ou encore ses nombreuses vidéos en-ligne.
On retrouve la même stratégie chez Sony qui réalise des courts métrages autour de véritables projets artistiques ne suggèrant la qualité du produit (les écrans Bravia aux couleurs éclatantes) qu’au détour de métaphores visuelles très travaillées avec une recherche de l’éblouissement. Une stratégie toute japonaise donc pour ses deux marques emblématiques de l’archipel ?
GAP au contraire joue la carte de la campagne tv classique avec des acteurs-mannequins portant du GAP de la tête au pieds, un rythme accrocheur voire carrément neuneu, un discours totalement centré autour du produit, des plans soignés mais finalement peu originaux pour un format extrêmement (trop) court. Le dernier exemple en date étant la campagne “Talk to the Moose” (“Parlez-en à l’Élan”) où de jeunes filles font part de leur désespoir vestimentaire…
Une proposition d’expérience
Enfin et c’est là que l’écart se creuse et que les conséquences se révèlent : UNIQLO propose via son site web de télécharger et de récupérer de nombreux gadgets virtuels non seulement utiles comme l’UNIQLO Calendar ou l’UNIQLO CLOCK mais également esthétiques car reprenant toute l’identité visuelle UNIQLO : vidéos en tilt-shift, danse classique insolite en plein Paris, etc.
Ces différents gadgets sont offerts gratuitement par la marque qui permet même à chacun de se les approprier pour son usage personnel (comme l’écran de veille) mais aussi de les publier en quelques clics sur son espace personnel : Facebook, MySpace, Blogger, etc. UNIQLO propose ainsi à chaque personne tombée amoureuse de son identité de devenir ambassadeur de sa marque. C’est d’ailleurs ainsi que je l’ai moi-même découverte en repérant cet écran de veille sur l’ordinateur d’un ami.
Là où GAP ne parvient pas à créer de réel succès c’est dans l’absence de campagne réellement dédiée au web. Au contraire la pub tv “Talk to the Moose” est republiée par des anonymyes sur toutes les plates-formes vidéos et devient source de nombreuses parodies. Ces dernières identifient toutes les même excès : cris nazillards, surenchère de vêtements GAP, corégraphie trop aguicheuse pour le public « jeune fille » visé. L’exemple le plus amusant est certainement la parodie gay un poil provocante.
Du site découverte au site d’achat
Pour le site web également la différence entre GAP et UNIQLO est fondamentale. Pour l’un (UNIQLO) le design est léché, particulièrement addictif avec son ergonomie toute particulière : il n’existe pas de magasin en ligne mais uniquement l’UNIQLO EXPLORER, un outil qui permet de se créer une liste afin de préparer ses courses en boutique. Le prix est toujours affiché avec discrétion, la place est avant tout laissée au visuel et les arguments qualité traditionnels sont quasiment absents. le site vise avant tout à être un des lieux principaux d’exposition de l’identité de la marque qu’à devenir le lieu décisif de l’achat comme c’est le cas pour le site d’Apple. L’exemple le plus frappant étant la page dédiée à l’ouverture du magasin à Paris (Opéra).
Pour GAP au contraire le site est avant-tout un lieu d’achat : on y souligne les offres avantageuses en cours, les différentes vêtements y sont classés comme les rayons d’une boutique, et le “panier” virtuel occupe une place importante et permanente dans la navigation.
Seul un bouton rappelle la présence de boutiques physiques, et les différents événements qu’elles proposent. Le reste des pages est destiné à promouvoir le produit, arguments à la clé : preuve par l’exemple ou par le prix.
Crédits : Panneau UNIQLO par Celie – Magasin UNIQLO par Randomwire.



Maxime Leroy, étudiant en design d'interactivité à l'École de Design de Nantes.
par LeBen
19 jan 2010 / 10:27
Je suis resté scotché 5 minutes sur le calendrier Uniqlo. C’est hypnotique!
Par rapport aux sites web respectifs, vu que c’est un peu mon domaine, c’est intéressant de voir les deux approches si extrêmes soient elles. Habituellement Flash me donne de l’urticaire mais là, pour Uniqlo, ils ont su intégrer ça proprement et correctement. En opposition avec Gap qui a un site purement HTML mais totalement cheap et « tellement 2006″.
par oGhu
19 jan 2010 / 9:36
Pour ma part, je suis très peu friand de widgets et autres goodies. Même si le calendrier est effectivement superbe, c’est avant tout l’image de UNIQLO que j’apprécie. De plus, j’ai dû afficher une dizaine de fois la page d’accueil de leur site durant ma vie numérique (et je viens de me rendre compte que je l’ai en marque page), alors que je n’ai jamais visité celui de GAP.
Pour finir, je trouve très pertinente l’idée qu’un site qui ne vend pas participe à une bonne image de marque (je pense notamment à Bilum, Veja, Freitag et d’autres).
par Eve-Marie
02 juin 2010 / 3:45
Alors là mec, c’est épatant ! Je recherche des articles sur le marketing sensoriel et je tombe sur ton blog ! On s’est rencontré à Epernay pour le weekend Rotary!