Avatar, le film de James Cameron au budget colossal de plus de 350 millions d’euros, est sorti en salle depuis mercredi dernier. Alors que le sommet de Copenhague touche à sa fin dans une déception générale non dissimulée, le blockbuster nous offre-t-il une fable écologique à laquelle reprendre espoir ? La sensibilisation du grand public à la cause verte semble s’offrir le territoire nouveau de la science fiction face aux récents échecs documentaristes du genre (Home, Le Syndrome du Titanic). Le scénario très critiqué par sa simplicité et sa forte impression de déja-vu offre pourtant d’intéressantes réflexions, finalement peu éloignées de nos problématiques contemporaines. Sommes nous des cousins si éloignés des Na’vi ?


Une critique de la société américaine entre réalisme provocant et stéréotypes navrants

Ce qui caractérise Avatar comme film « pro-earth » c’est en partie sa critique de la société américaine (principalement). Malheureusement cette critique se construit souvent autour de stéréotypes abrutissants comme le colonel Miles Quaritch aux allures de mauvais Terminator (retour du réalisateur à ses premiers amours sûrement) tout au long du film. Le militaire représentant à lui seul tous les excès d’un individu égoïste, destructeur, vulgaire, et finalement profondément ridicule. Les relents de G.I. Joe du personnage gâchent les rares instants du film où l’idéologie écologique de James Cameron n’était pas abbatue à coups de masse, dommage.

Avatar - Miles Quaritch

A contrario on est parfois frappé par le réalisme et le cynisme du film dont le scénario repose sur l’exploitation par un consortium impérialiste de l’Unobtainium, minérai au nom très évocateur présent sur Pandora. La planète abrite pourtant une civilisation proche de la nature et considérée comme primitive par le consortium : les Na’vi. Ce peuple indigène habitant sur le plus gros gisement d’Unobtainium de Pandora il est la source de nombreuses complications et l’exploitation est donc soutenue par un vaste complexe militaire hyper-technologique, omniprésent et totalement dévoué. Cela ne vous rappelle rien ?

Avatar - Marines

Le héros Jake Sully, ancien marine paraplégique, incarne donc un clone Na’vi à distance (son avatar) par le biais d’une machine car dans son monde il ne peut s’offrir des prothèses afin de retrouver l’usage de ses jambes. La « health care » ne semble toujours pas au point dans son monde. Cynisme politique grinçant non ?

Et puis, encore plus proche de nous : le principe même de l’avatar. Un jeune soldat américain qui part en exploration au travers d’un clone, à distance. Un marine dans un corps d’elfe bleu tout droit sorti de World Of Warcraft et qu’il finit par apprécier plus que le sien avec les troubles d’identité qui s’en suivent. Peut-on encore parler de science-fiction ?

Avatar Jake Sully

Une civilisation qui se pense en réseau, en énergies et en symbiose

Les Na’vi étudiés dans le film par le Dr. Grace Augustine (dans le corps d’un avatar proche d’une Lara Croft version hippie) présentent de nombreuses caractéristiques idéalisées mais pourtant très proches des problématiques de ce début de siècle. Ils se définissent avant tout comme « Le Peuple » arborant avant tout les liens réciproques (« Je vois en toi » – « Je te vois »), l’appartenance au réseau. Ce dernier se manifeste à de nombreux moments du film comme lors de la cérémonie d’appartenance au groupe de Jack Sully où chaque Na’vi se connecte à un autre dans le but d’être lui-aussi connecté au nouveau membre. N’est-ce pas sur ce ystème que repose l’un des plus grands succès de ce nouveau siècle : Facebook ? C’est le principe de « l’ami d’un ami » qui permet à Facebook de créer une toile immense aux connexions innombrables et vierges de toute hiérarchie. Le peuple Na’vi représente donc un Facebook incarné à la hauteur d’une communauté, une société que nous n’osons encore aujourd’hui envisager que sur cet espace virtuel qu’est le web. Partout ailleurs notre hiérarchie demeure omniprésente.

Avatar - Na'vi

On retrouve également cette puissance du réseau dans les transes collectives autour de l’Arbre des Âmes à des fins de guérison. Alors que ce peuple indigène semble donc si loin du fonctionnement habituel de nos sociétés il serait pourtant intéressant de le mettre en parallèle avec les tentatives récentes de gouvernement collaboratif où l’on parle même de collaboration citoyenne car l’on réinvente la démocratie face à ces même réseaux. Ne sommes-nous pas en train de créer les outils d’une société fondamentalement très proche de celle des Na’vi ? Ou ne les avons nous pas déjà réinventés avec le web qui remet l’isègoria (le droit à la parole pour tous dans la démocratie athénienne) au goût du jour comme dans le clan Na’vi (« J’ai le droit à la parole ») ?

Enfin, Avatar présente avec Pandora l’image d’une planète luxuriante qui repose sur le principe des transferts d’énergies, du maintien des équilibres naturels qui passe notamment par le respect des interdépendances prédateurs-proies dans la nature. Cette recherche de l’impact minimal de l’espèce humaine au profit d’une symbiose avec la nature se retrouve dans le travail de Gunter Pauli qu’il présente dans sa conférence LIFT (en) sur le biomimétisme : ou comment trouver dans la nature les solutions de notre crise écologique tout comme de nouvelles énergies, de nouveaux systèmes, etc.

Une esthétique captivante bien que peu originale… Commerciale ?

Avatar c’est avant tout un divertissement de près de 3 heures en real-3D. Au programme : des technologies de tournage et de post-production jamais égalées selon son réalisateur qui, toujours selon ses dires, aurait même attendu plus de 10 ans que la technologie soit au point (« technology needs to catch up« ) pour son film. Alors évidemment Pandora est envoutante, on aimerait y être même si la surenchère de nature, d’espèces végétales et animales semble avoir un goût fade pour certains.

On se laisse emporter par le parcours de Jake Sully au sein de son nouveau clan, de son nouveau territoire. C’est justement sur cette aspect que James Cameron fédère le plus de spectateurs et surtout le plus de tendances : les plantes semblent sortir tout droit des labos de Philips, le sol agit comme une immense Microsoft Surface sur laquelle les pieds laissent des empreintes luminescentes. James Cameron a calqué sa planète luxuriante sur les attentes esthétiques de notre société, misant peu sur le scénario mais bien plus sur la capacité de séduction presque commerciale de son univers. Le résultat est unanime je suis allé le voir deux fois, les deux salles ont applaudi à la fin du film.

Le film a-t-il seulement encore une chance d’être un échec (commercial) ?

Ça a l’air plutôt (tout à droite) très bien parti pour James Cameron…